Fête du Sapin à Rotonda - Passeggiate - Randonner hors des sentiers battus

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Fête du Sapin à Rotonda

Carnets de voyage
Le 13 juin 2009, à Rotonda dans le Pollino, massif montagneux à cheval sur la Basilicate et le nord de la Calabre, nous sommes partis à neuf heures du matin pour assister à la Fête du Sapin. Il était prévu d'y rester la matinée, de pique-niquer sur place et de visiter le village de Morano Calabro l’après-midi. Les choses se sont passées tout autrement...
L’origine de la Fête du Sapin remonte au XIIIème siècle. Selon la légende, Saint Antoine, de retour de Sicile, traversa le Pollino et dormit une nuit sous un sapin à Rotonda. Quelques années plus tard, un bouvier tombé accidentellement dans un ravin aurait invoqué le nom du saint qui serait apparu et l’aurait sauvé. Par la suite, chaque année de sa vie, le bouvier lui offrit un sapin en signe de reconnaissance. Depuis ce temps, tous les ans en juin, la fête de Sant’Antonio attire la population de toute la région.
 
La Fête du Sapin, c’est le mariage du sapin et du hêtre, tradition très ancienne qui symbolise la régénération de la nature au printemps. Le sapin a rocca symbolise la féminité tandis que le hêtre a pitu symbolise la masculinité. Le mariage doit apporter fécondité et bonnes récoltes. A la fois païenne et religieuse, cette fête a été "purifiée" par l’Eglise catholique qui l’a mise sous le patronage d’un saint. A Rotonda, la fête se déroule durant la semaine consacrée à Saint Antoine de Padoue. Le sapin est choisi dans la forêt environnante le deuxième dimanche de mai et le hêtre, le premier dimanche de mai. Dans la nuit du 8 au 9 juin, deux groupes d’hommes partent en montagne. Le premier groupe, les roccaioli, va abattre le sapin dont seule la cime est conservée, mesurant dix à dix-huit mètres, qui est transporté dans une localité proche de Rotonda où il attend le mariage. La même nuit, l’autre groupe d’hommes, les pitaioli, se rend dans la forêt et attend le lendemain pour abattre et équarrir le hêtre qui mesurera vingt à vingt-cinq mètres. Le 11 juin, a pitu est traîné sur les neuf kilomètres de route allant vers Rotonda par treize paires de bœufs blancs, décorés de guirlandes et de fleurs, représentant les treize vertus de Saint Antoine. La route est sinueuse, les rues du village en fin de parcours sont étroites.
 
A chaque virage un peu serré, sous les ordres du caporale d’a pitu, les pannulari manœuvrent l’énorme tronc et l’aident à tourner au moyen des pannule, grosses branches récupérées du hêtre, écorcées et souvent gravées au nom de leur propriétaire, qui font levier. D’autres troncs de hêtres plus petits, les porfiche, se joignent au cortège, tirés par un ou deux bœufs. Les hommes et les bêtes s’arrêtent à Puzzicelli pour se reposer durant la nuit du 11 au 12 juin. Le lendemain, le cortège reprend sa route et il ne faudra pas moins de dix heures pour parcourir les derniers kilomètres jusqu’à la place de la mairie de Rotonda. Toute la journée, la fête bat son plein !
 
Sur tout le parcours, les femmes offrent du vin de pays et des pâtisseries traditionnelles qu’elles ont préparées à la maison, les tortaneddri et les panetteddreNous n’avons eu aucune difficulté à entrer en contact avec les gens, certains se sont même montrés très fiers que des étrangers se soient déplacés pour assister à leur fête. On chante des cantiques en l’honneur de Saint Antoine. Des habitants, en costume traditionnel de leur quartier, jouent la tarentelle à l’organetto et au tambourin. De temps en temps, des gens se regroupent, se tiennent la main et lancent des evviva, viva, viva, Sant’Antonio, comme ils le feraient au stade pour leur équipe favorite ! A midi, le cortège s’arrête. Hommes et bêtes doivent se restaurer puis se reposer. Une messe est célébrée en plein air au pied de la statue de Saint Antoine. Tout le village y assiste. Une maman a habillé son petit garçon en Saint Antoine moine. Elle m’explique qu’il a un léger handicap et qu’ainsi elle veut attirer l’attention du saint afin qu’il le guérisse. Durant l’après-midi, les autorités locales, le maire et le curé, se joignent au cortège qui se dirige vers le centre du village où les gens attendent nombreux. L’arrivée sur la place de la mairie est étonnante. Au dernier virage, l’impressionnant attelage et l’arbre ne peuvent virer. Les bœufs sont détachés. Après les discours du maire et du curé, le gigantesque tronc est porté par quelques dizaines d’hommes et posé devant la mairie. A rocca est attaché au faîte de a pitu. Le mariage est consacré. Le lendemain matin, le 13 juin, l’immense mât sera dressé à main d’homme sur la place à côté de la mairie, il y restera un an.
Notre groupe, captivé par ces festivités qu’on ne trouve nulle part ailleurs, est finalement resté jusqu’à vingt heures. La visite de Morano Calabro sera pour une autre fois.

Marc Delacherie



 
 
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